Laisser ses enfants hériter à sa place

On hérite de ses parents de plus en plus tard. Pourquoi ne pas en faire bénéficier directement les petits-enfants ? Et faire des économies de droits.

Depuis le 1er janvier 2007, il est possible de renoncer à un héritage parental au profit de ses propres enfants… Une vraie révolution opérée par la réforme des successions. Il existe plusieurs manières, pour des parents, d'aider leurs enfants de leur vivant. Ils peuvent leur consentir des donations, ou mieux une donation-partage. Depuis l'entrée en vigueur de la réforme du droit des successions, ils peuvent aussi renoncer à un héritage dont ils n'ont pas vraiment besoin, pour permettre à leurs enfants de le recevoir à leur place.

Cette nouvelle possibilité présente l'avantage de permettre d'aider ses enfants sans se départir d'une partie de son propre patrimoine.

Comment s'y prendre ?

Renoncer à une succession au profit de ses enfants est un acte engageant qui ne se présume jamais. Les conseils d'un notaire peuvent se révéler utiles. Concrètement, l'héritier renonçant doit faire une déclaration au greffe du tribunal de grande instance. Le tribunal compétent est celui dont dépend le dernier domicile du défunt, lieu d'ouverture de la succession.

Une décision lourde de conséquences

L'héritier qui a renoncé est censé n'avoir jamais hérité. Il n'a plus droit à rien. La part à laquelle il pouvait légitimement prétendre sera automatiquement et égalitairement répartie entre ses enfants (ou versée en totalité à son enfant unique). On ne peut pas renoncer en décidant de la manière dont sera transmise la part que l'on ne recueille pas, c'est-à-dire en avantageant tel enfant par rapport à tel autre.

Fiscalement, la renonciation à une succession ne peut pas avoir pour effet de diminuer ou d'augmenter les droits à payer. Les enfants bénéficiaires de la renonciation de leur parent doivent donc acquitter une somme équivalente à celle que leur parent aurait dû payer s'il avait accepté la succession.

Des taxes moins lourdes

Jusqu'en 2006, ceux qui souhaitaient que la succession de leurs parents profite plutôt à leurs enfants qu'à eux-mêmes n'avaient pas d'autre solution que d'accepter l'héritage, puis d'effectuer les donations appropriées. Ce qui avait comme fâcheuse conséquence de taxer lourdement le patrimoine transmis : une première fois au titre des droits de succession, une seconde fois au titre des droits de donation. Mais impossible de faire autrement. S'ils renonçaient à l'héritage, leur part était partagée entre les autres héritiers (leurs frères et sœurs, par exemple), sans que leurs enfants puissent y prétendre.

Se décider en temps et en heure

Aujourd'hui, il est possible de renoncer à sa part d'héritage au profit de sa propre descendance dans deux situations distinctes : lorsqu'on est appelé à recueillir la succession de son père ou de sa mère, ou que l'on reçoit celle d'un de ses frères ou sœurs (Article 754 du Code civil). Beaucoup de personnes héritent alors qu'elles sont retraitées et possèdent déjà un patrimoine. C'est une bonne chose que de leur permettre d'aider de cette manière la génération suivante, qui en a plus besoin.

Il est toutefois impossible d'opérer ce choix par avance. C'est uniquement après le décès du proche que l'intéressé peut renoncer à son héritage. Cela paraît naturel, à la fois moralement et matériellement. Sur le plan moral, il serait choquant de renoncer à une succession avant que celle-ci ne soit ouverte : comment renoncer à quelque chose que l'on ne détient pas encore ?

Sur le plan matériel, on ne peut pas préjuger de l'avenir : c'est seulement au jour où s'ouvre la succession, suite au décès, que l'on sait ce que l'on recueille, ce que l'on a, et qu'éventuellement on peut estimer ce dont on aura besoin.

Auteur : Igor Marais

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